Frédéric Flipo : « Cette crise est l’occasion de se serrer les coudes et de jouer collectif »

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© Evergaz – Frédéric Flipo
Le lundi 16 mars, alors qu’Emmanuel Macron annonce un confinement total en France, les entreprises doivent repenser leur organisation. Comment s’est passé le confinement ? Comment la reprise des activités s’opère-t-elle dans les entreprises ? Frédéric Flipo, directeur et fondateur d’Evergaz, spécialiste du biogaz et de la méthanisation dont les bureaux sont situés dans le IXè arrondissement de Paris, nous explique comment s’organise le déconfinement dans son entreprise.

Comment vous êtes-vous organisés pour la poursuite des activités d’Evergaz ?

Dès le 15 mars, nous avons pris la décision de mettre toutes nos équipes administratives, financières, de direction, du bureau d’études et de développement de projets, en télétravail. Nous sommes 50 chez Evergaz, dont une vingtaine dans nos bureaux à Paris. Nous avons dû mettre quelques personnes en chômage partiel, soit car leur absence physique pesait sur l’activité, soit car elles avaient des contraintes avec leurs enfants.

Evergaz exploite aussi 14 unités de méthanisation en Europe, dont 9 en France. Sur les sites, nous travaillons 24h/24. L’activité n’a pas été perturbée car nous avons continué à récupérer des biodéchets issus de l’alimentation animale et humaine. Il était important de continuer l’activité tout en protégeant les équipes et nous avons donc mis en place un système de rotation des équipes, afin que personne ne se croise.

Depuis le 11 mai, quelles mesures ont été prises pour organiser le déconfinement ?

Nous avons donné la possibilité aux salariés de revenir dans les bureaux, sans aucune obligation. Nous établissons un planning de présence chaque semaine, afin qu’il n’y ait qu’une personne par bureau et par jour. Nous avons fermé l’espace de repas collectif et fourni des masques et du gel hydroalcoolique à tous les salariés. Des distributeurs de gel ont été installés dans les parties communes et nous avons aussi joué sur les sens de circulation : les salariés arrivent par l’ascenseur et repartent par l’escalier. Nous avons proposé des cartes de parkings aux salariés habitués aux transports en commun, qui se sentent plus à l’aise de revenir en prenant leur voiture. Ceux qui vivent dans Paris viennent à pieds ou à vélo. Sur les 20 salariés, nous sommes entre 5 et 6 par jour.

Sur les sites, le système de rotation mis en place pendant le confinement a été maintenu.

Qu’en est-il des salariés qui ont des enfants qui retournent à l’école quelques jours par semaines ou qui n’y retournent pas ?

Nous sommes conscients de ce souci et tentons d’être le plus flexibles possible pour les parents d’enfants. Nous avons même proposé à ceux qui avaient potentiellement des problèmes de continuer à financer des frais de garde d’enfants.

Vos activités ont-elles été impactées par la crise sanitaire et le confinement ?

Ce contexte a joué sur l’avancement des projets car l’état d’urgence sanitaire a suspendu certains délais. Mais nous avons avancé sur d’autres projets qui, pour l’instant, ne demandent pas d’autorisations réglementaires. Le temps de développement d’un projet est compris entre 3 et 5 ans, et l’échelle du confinement est trop petite pour les remettre en cause durablement. Pour certains projets nous attendons le retour d’un architecte ou une étude de faisabilité, mais cela n’a pas vraiment d’impact sur l’entreprise.

Nous avons un projet en chantier dans la Marne, au sud d’Epernay, qui a été arrêté pendant 3 semaines. Mais ce sont des chantiers en extérieur, les gens ne travaillent pas en milieu clos donc ça a facilité la reprise.

Pour les projets en développement ou en cours d’instruction : nous avons échangé avec l’administration qui a assuré une continuité de service. La production sur les sites a été assurée, ainsi que la livraison de digestat aux agriculteurs pour l’épandage.

Vous êtes également vice-président du club des éco-entreprises d’Ile-de-France créé en décembre dernier. Comment envisager la relance du tissu économique territorial ?

Nous avons déjà plusieurs dizaines d’entreprises adhérentes. Certaines sont dépendantes de la commande publique et ont été fortement impactées par l’état d’urgence sanitaire et l’absence de second tour des élections. C’est une période durant laquelle il a été difficile d’attribuer des marchés.

Pour rebondir, nous voulons être pro-actifs, répondre ensemble à des marchés, se renvoyer des opportunités commerciales et travailler ensemble. Cette crise est l’occasion de se serrer les coudes et de jouer collectif. Nous allons également faire un gros travail de sensibilisation auprès des élus et de différents acteurs, pour bien faire connaitre nos entreprises et mettre les sujets liés à la transition écologique en haut de l’agenda.

Ce club permettra aussi de réagir à la crise actuelle en proposant des offres communes, tout en bénéficiant d’une proximité territoriale.